
J’ai lu de nombreux livres sur l’apprentissage, mais celui-ci est, de loin, le plus éclairant. Je regrette de ne pas l’avoir lu plus tôt. Le neuroscientifique de renom Stanislas Dehaene y expose des idées qui permettent non seulement d’améliorer notre compréhension de la manière dont nous apprenons, mais il nous fournit également des stratégies pour exploiter le potentiel de notre cerveau, quel que soit notre âge. Selon Dehaene, être attentif, rester proactif, se mettre à l’épreuve et réactiver régulièrement ses connaissances sont les véritables piliers d’un apprentissage efficace.
Que vous cherchiez à retrouver le plaisir d’apprendre ou à offrir à votre enfant les meilleures bases pour réussir, je vous encourage vraiment à lire ce livre dans son intégralité. Mes notes ci-dessous n’en sont qu’un bref aperçu.
La métacognition, c’est apprendre à apprendre — c’est connaître son propre fonctionnement cérébral pour mieux comprendre et mémoriser ce qu’on apprend.
Le cerveau humain apprend plus vite que les machines : un enfant n’a besoin que de quelques centaines d’heures d’écoute pour maîtriser sa langue maternelle, quand une IA aurait besoin de millions d’itérations pour faire la même chose.
Pour apprendre efficacement, vous devez pouvoir connecter la connaissance apprise à ce que vous savez déjà.
Le cerveau du bébé n’est pas une page blanche. Avant même de savoir parler, l’enfant dispose déjà d’une sorte de langage mental qui le prépare à comprendre et à apprendre sa langue maternelle. À six mois, l’enfant connaît déjà les mots les plus fréquents dans son environnement : bébé, maman, papa, biberon, boire, couche, etc. Dès l’âge de 12 mois, les tout-petits ont déjà mémorisé les principaux mots grammaticaux de leur langue maternelle, et s’en servent pour déduire le sens de nouveaux mots. Par exemple, lorsqu’un bébé entend « Oh, le papillon », il comprend intuitivement que « papillon » désigne un nom — grâce à la présence de l’article « le. »
Pour optimiser l’apprentissage de votre enfant, commencez par capter son attention. Utilisez votre regard ou la direction de votre doigt pour attirer son attention sur ce que vous voulez lui faire apprendre : principe de l’attention partagée. L’enfant apprend selon cette logique simple : « Je regarde où tu regardes, et j’apprends ce que tu m’enseignes. »
Règle d’exclusivité : un mot = un concept. C’est un principe clé que les enfants utilisent pour mémoriser de nouveaux mots. Quand un mot nouveau lui est présenté, l’enfant dirige spontanément son attention sur ce qu’il ne connait pas encore. Dès 16 mois, il applique judicieusement cette règle. Par exemple, donnez-lui deux bols — un bleu ordinaire et un autre d’une couleur inhabituelle —, et dites à l’enfant : « indique-moi le bol crapité. » L’enfant choisira le bol dont il ignore la couleur. Des semaines plus tard, il se souviendra encore que « crapité » désigne cette étrange couleur.
À partir de 18 mois, un enfant peut apprendre 10 à 20 nouveaux mots par jour, presque sans effort. Pour qu’il en tire le meilleur, stimulez sa curiosité et variez son environnement.
Notre jugement repose sur deux types de connaissances :
1. Le savoir inné, transmis par notre histoire évolutive.
2. L’expérience individuelle, que nous accumulons au fil des années.
Nous naissons avec un bagage cognitif déjà riche, que notre vécu vient ensuite compléter et affiner.
Ne sous-estimez pas votre enfant. Dès la première année de vie, il possède déjà des intuitions (connaissances) surprenantes sur les objets, les nombres, les probabilités, l’espace ou les personnes. On le sait grâce à des expériences dans lesquelles les bébés manifestent leur étonnement lorsqu’on leur propose des expériences dans lesquelles certaines lois de la nature sont « violées » artificiellement.
Les nouveau-nés perçoivent les nombres dès les premières heures de vie. Quelques mois plus tard, un enfant comprend que 1 + 1 = 2, sans savoir compter et sans connaître les signes « + » ou « = ». C’est une intuition numérique innée.
On a présenté un tirage à des bébés de quelques mois. Si l’on tire une balle verte d’une urne contenant trois balles rouges et une verte, la surprise du bébé (yeux écarquillés) montre que la situation observée avait une chance infime de se produire. Son cerveau en déduit intuitivement que la probabilité était faible. L’enfant se comporte comme un scientifique en herbe, capable de raisonner, d’écarter des hypothèses improbables et de rechercher les causes profondes des phénomènes qu’il observe.
À 10 mois, les bébés jugent déjà la personnalité des gens. Ils savent distinguer le « gentil » du « méchant », sans pouvoir l’exprimer par des mots. Si un adulte fait tomber un enfant, le bébé le considère comme malintentionné et préfère s’approcher de quelqu’un qui aide l’enfant à se relever.
Les 4 types de mémoire :
Avec l’âge, apprendre devient plus difficile car la plasticité cérébrale diminue. Cependant, l’apprentissage n’est jamais totalement bloqué : le cerveau conserve toujours sa plasticité.
La plasticité du cerveau est sa capacité à se réorganiser et à créer de nouvelles connexions neuronales, en réponse à l’apprentissage ou à l’expérience.
Profitez de la période sensible de l’enfant, lorsque son cerveau est particulièrement réceptif, notamment aux langues. Cette plasticité est maximale jusqu’à l’adolescence.
Apprendre une langue étrangère demande beaucoup plus d’efforts après 17 ans. Exposez votre enfant à une deuxième ou une troisième langue le plus tôt possible, idéalement avant ses 10 ans.
L’isolement affectif et social est dramatique pour le développement du cerveau de l’enfant.
Pour enseigner l’addition et la soustraction à un enfant, utilisez la « ligne numérique » : les nombres s’organisent sur un axe linéaire. Additionner, c’est avancer vers la droite ; soustraire, c’est reculer vers la gauche.
Parlez à votre enfant, encore et encore, et exposez-le à un vocabulaire enrichi. Le vocabulaire qu’il maîtrisera à 3-4 ans dépend directement des mots et phrases qu’il aura entendus avant cet âge.
Lire quotidiennement des histoires à un enfant de 4 ans lui donne un avantage durable. Cela renforce ses circuits cérébraux, facilitant plus tard la compréhension de textes élaborés et l’expression de pensées complexes.
Un enfant élevé dans une famille bilingue, où chaque parent lui parle dans sa langue maternelle, reçoit un formidable avantage : il acquiert sans effort deux lexiques, deux grammaires et deux cultures. Cette expérience développe une capacité d’analyse linguistique durable, facilitant l’apprentissage futur d’une troisième ou quatrième langue.
LES 4 PILIERS DE L’APPRENTISSAGE :
Faire attention, s’engager, se mettre à l’épreuve et consolider ses acquis sont les secrets d’un apprentissage réussi.
L’attention est le filtre de l’apprentissage. Elle sélectionne et amplifie l’information sur laquelle on veut se concentrer. Sans attention, rien ne peut être appris : c’est comme si ce qu’on voulait apprendre n’existait pas.
Les 3 grands systèmes attentionnels :
Notre attention est limitée. Lorsque nous sommes profondément concentrés sur quelque chose, d’autres éléments, même importants ou visibles, peuvent totalement nous échapper. L’inattention peut nous emmener à griller un stop ou à écraser un piéton – Ne téléphonez jamais au volant !
Quand nous transmettons une notion nouvelle à un enfant, on oublie souvent ce que c’est d’être ignorant. C’est un piège à éviter. Ce qui nous paraît évident ne l’est pas forcément pour l’enfant.
Pour enseigner efficacement, commencez par capter et guider l’attention de l’enfant vers ce que vous voulez qu’il apprenne. Il doit comprendre sur quoi se concentrer ; c’est ainsi que son cerveau active les circuits appropriés pour l’apprentissage. Par exemple, pour l’apprentissage de la lecture, concentrez-le sur les correspondances lettres/sons, pas sur la forme globale des mots. C’est cet entraînement phonique qui active le circuit de la lecture et rend l’apprentissage possible ; sinon l’enfant ne comprend pas ce qu’on attend de lui.
L’enfant apprend mieux à lire lorsqu’il déplace son attention de gauche à droite, lettre par lettre.
Suivre les lettres du doigt et du regard facilite grandement l’apprentissage de la lecture.
Sommes-nous capables de nous concentrer sur deux informations simultanément ? La réponse est NON. Apprendre exige de se concentrer sur une seule tâche. Toute distraction ralentit ou bloque le processus.
La capacité de concentration et le contrôle de soi ne sont pas innés chez l’enfant. Ils se développent tout au long de l’enfance et de l’adolescence, mais peuvent être accélérés par l’entraînement et l’éducation. Certaines activités auto-dirigées et structurées, certains jeux vidéo, notamment les plus violents, et la pratique d’un instrument de musique améliorent la focalisation et l’aptitude à rester attentif des enfants.
Les jeux vidéo ne font pas qu’abrutir nos enfants. Bien choisis et pratiqués avec modération, ils peuvent améliorer la concentration, la coordination, la prise de décision et la focalisation sur une tâche précise.
L’intelligence fluide ? C’est la capacité à raisonner et à résoudre des problèmes nouveaux.
L’enfant capte les signaux que lui envoient les adultes. Le contact visuel déclenche en lui une « posture pédagogique. » Si quelqu’un le fixe dans les yeux, il comprend que cette personne veut lui transmettre des informations importantes, pas juste des détails anecdotiques.
Comme parent, votre attitude et votre regard comptent énormément pour votre enfant. Établir un contact visuel et verbal avec lui augmente fortement ses chances de retenir ce que vous lui enseignez ou transmettez. L’enthousiasme se communique.
L’adulte qui enseigne doit toujours se rappeler ce que l’enfant ignore. Il adapte ses mots et ses exemples pour rendre l’apprentissage plus clair et efficace.
Une relation pédagogique saine doit reposer sur : attention, écoute, respect et confiance – dans les deux sens.
Méritez d’être pris comme exemple ! Dès 14 mois, les bébés imitent fidèlement les actions des adultes, même si elles manquent de sens apparent.
On apprend de deux façons :
Idéal : trouvez un équilibre entre ces deux modes pour apprendre efficacement.
Le cerveau n’apprend bien que s’il est concentré et génère activement des hypothèses. Il apprend rarement lorsqu’il se contente d’accumuler passivement des informations.
Le POURQUOI ? On apprend mieux quand on a un but précis et qu’on y adhère pleinement. La motivation est essentielle.
L’apprentissage est optimal si l’apprenant se concentre, anticipe, formule des hypothèses et prend le risque de se tromper. Sans ses éléments, la leçon ne laisse aucune trace permanente dans le cerveau. « Rendre les conditions d’apprentissage plus difficiles, ce qui oblige l’apprenant à un surcroît d’engagement et d’effort cognitif, conduit souvent à une meilleure rétention » (Henry Roediger). Dès lors, le cours magistral, où l’élève reste passif tandis que l’enseignant expose son contenu pendant cinquante minutes, a fait son temps.
S’engager activement dans l’apprentissage signifie renoncer au confort de la passivité.
En mathématiques, montrer d’abord comment résoudre un problème aide les enfants à résoudre d’autres problèmes. Ils progressent mieux que ceux qui découvrent la solution seuls et sans aucune structure pédagogique.
L’autoéducation a des limites : elle donne parfois l’illusion de maîtriser un sujet, tout en limitant la compréhension des concepts profonds de la discipline, et l’acquisition des bonnes pratiques.
Chaque enfant possède son propre style d’apprentissage ? FAUX. Il n’y a aucune preuve que certains enfants apprennent mieux avec une méthode X, et d’autres avec une méthode Y.
La curiosité est un facteur clé d’un apprentissage réussi. On retient mieux les choses pour lesquelles on est curieux.
La découverte d’une information inconnue porte en elle-même sa propre gratification. C’est pour cela que, avides de nouveauté, nous nous tournons spontanément vers Facebook ou Twitter – avec l’espoir de découvrir quelque chose que nous ignorions.
L’être humain se distingue par sa curiosité épistémique – ce désir irrésistible d’apprendre, même dans les domaines les plus abstraits.
Le cerveau valorise cette satisfaction intellectuelle presque autant que le sexe et la nourriture.
Pour entretenir la curiosité d’un enfant, il faut nourrir son envie de découvrir sans le saturer. Proposez-lui des défis à la bonne hauteur – juste assez exigeants pour le stimuler sans le décourager.
Trop de facilité ennuie, trop de difficulté décourage : trouvez le juste milieu.
Lorsqu’on cesse de progresser, notre cerveau se désintéresse, rendant impossible tout apprentissage.
Pour raviver la motivation d’un enfant découragé, il faut d’abord lui redonner le goût d’apprendre en lui proposant des défis réalistes.
Encouragez la curiosité de l’enfant au lieu de la punir. Posez-lui des questions, répondez à ses interrogations, faites des remarques qui éveillent son imagination et lui donnent envie d’explorer davantage.
Ne faites pas de démonstrations exhaustives à l’enfant. Laissez-le sentir que vous ne savez pas tout et qu’il lui reste, s’il le souhaite, un tas de choses à découvrir. Cela ne fera qu’aiguiser sa curiosité.
L’erreur est humaine. Elle n’est pas synonyme d’échec. Personne n’apprend sans jamais se tromper.
Un apprentissage efficace repose sur un feed-back immédiat et précis : comprendre pourquoi on s’est trompé et comment faire mieux la prochaine fois.
Corriger, ce n’est pas punir.
À l’école, la note est perçue comme une sanction – ce qui peut générer chez l’enfant stress, découragement, et perte de confiance en soi.
L’anxiété mathématique est une réalité chez les enfants. Ce n’est pas un manque d’intelligence, mais une émotion si forte qu’elle bloque la mémoire, le raisonnement et les mécanismes d’apprentissage.
L’état d’esprit joue un rôle déterminant dans la réussite scolaire. Dire « Je suis nul en maths » ou « L’anglais, ce n’est pas pour moi » traduit une mentalité fixiste, qui entretient l’idée que les aptitudes seraient immuables. Pourtant, tout le monde peut progresser, à force d’efforts et de pratique.
Ne couvez pas votre enfant d’admiration. Mieux vaut valoriser ses progrès que flatter ses talents : cela nourrit son envie d’apprendre plutôt que son ego.
Qu’il soit brillant ou en difficulté, chaque enfant doit comprendre que l’effort et le droit à l’erreur sont les véritables clés du progrès. C’est de cette façon que son cerveau se développe.
« Les professeurs ne sont pas là pour effrayer, mais pour aider à vaincre la peur d’apprendre. Une fois cette peur dissipée, les élèves deviennent insatiables. » (Daniel Pennac)
Se tester régulièrement est l’une des techniques pédagogiques les plus efficaces.
Passer un test juste après avoir lu un cours oblige à confronter ses connaissances et à identifier ce que l’on ne maîtrise pas encore.
Étudier, c’est bien, se tester, c’est encore mieux. Les flashcards font l’affaire : question d’un côté, réponse de l’autre. Mettez-vous à l’épreuve : sortez les cartes l’une après l’autre. Pour chaque carte, tentez de vous souvenir de la réponse, puis vérifiez en retournant la carte. Raté ? On remet la carte en haut de la pile. Réussi ? On la relègue à l’arrière-plan : pas besoin de la réviser dans l’immédiat, mais elle resurgira plus tard, quand l’oubli aura commencé à faire son effet. C’est ainsi qu’on garde une information en mémoire à long terme.
Le bachotage ne fonctionne pas, et pourtant il reste la pratique favorite de nombreux élèves et étudiants. Il donne l’illusion de savoir : juste après un cours, tout semble encore frais dans la mémoire de travail. Mais, quelques jours plus tard, sans consolidation, tout s’estompe et l’information disparaît. Rappelez-vous ce moment où vous ne pouviez plus vous souvenir d’un concept quelques jours après un examen.
Privilégier des blocs de révision réguliers plutôt que de tout apprendre d’une seule traite. Pour apprendre efficacement, il vaut mieux consacrer 15 minutes chaque jour plutôt que deux heures d’un seul coup.
La consolidation rend l’apprentissage automatique. Consolider ce que l’on a appris, c’est libérer les ressources du cerveau et les rendre disponibles pour d’autres objectifs.
On ne peut pas construire un étage supérieur sans fondations solides. Pour un enfant, la lecture et le calcul doivent devenir naturels dès le plus jeune âge.
Le sommeil renforce l’apprentissage. Il amplifie les acquis de la journée et les transfère dans une partie plus efficace de la mémoire.
La courbe de l’oubli d’Ebbinghaus montre que l’oubli suit une progression exponentielle : plus le temps passe, moins on se souvient de ce que l’on a appris. La solution est de réviser à des intervalles réguliers.
Voici un secret bien gardé : révisez un point important juste avant de vous endormir – vous augmenterez vos chances de vous en souvenir.
Un enfant qui fait la sieste retient bien mieux les apprentissages de la matinée.
« Traiter de la façon d’élever et d’éduquer les enfants semble être la chose la plus importante et la plus difficile de toute la science humaine. » (Montaigne)
Beaucoup d’enfants ont un potentiel sous-exploité, faute d’un environnement familial ou scolaire propice à l’apprentissage.
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